Marie-Christine Blandin

Sénatrice du Nord – Groupe écologiste

CCEC : trois ans de présidence qui s’achèvent …

Avec la fin de la session 2013-2014, nous arrivons au terme d’un demi-mandat sénatorial. En septembre 2014, les élections sénatoriales permettront le renouvellement de la moitié des sénateurs. En octobre 2014, les instances du Sénat seront renouvelées.

Marie-Christine Blandin arrive au terme de sa présidence de la Commission de la Culture, de l’Education et de la Communication qu’elle avait entamée en octobre 2011, avec le passage à gauche de la Haute Assemblée.

Voici  le texte qu’elle a prononcé en guise d’au-revoir et de bilan de cette présidence de commission, à l’attention de ses membres.

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Voilà presque trois ans que nous travaillons ensemble et que je préside les travaux de la Commission de la Culture, de l’Éducation et de la Communication. La mandature se termine, ne reste qu’un petit mois de session extraordinaire.

Cette présidence a été un exercice particulier: d’une part l’animation démocratique par une élue d’un groupe minoritaire de la majorité; d’autre part le souhait de partager certaines convictions, comme l’importance de la culture scientifique, de la photographie, des sciences participatives. Merci de m’avoir accompagnée dans ce double exercice, dans lequel j’ai essayé d’être juste.

Il y eut des doutes, même pour les administrateurs, inquiets quand un vote s’annonçait en ma défaveur. Il n’est pas de coutume de laisser mettre un ou une présidente en difficulté. Mais je pense que ce n’est pas un problème de rester fidèle à ses convictions, tout en acceptant l’arbitrage du scrutin. Et ce n’est pas une catastrophe, au sein d’une majorité, que d’assumer sa différence.

Quant aux sujets de prédilection que j’évoquais, ils ont vite été partagés.
Il y a eu des choix personnels, comme celui d’installer auprès de moi mon collaborateur, dans ce bureau, en plus de l’aide attentive et permanente du chef de service.

La démocratie est une belle chose sur laquelle il faut veiller, et qu’il faut chaque jour qualifier.

J’ai souhaité que chaque sénatrice et chaque sénateur présent à la commission ait, au cours du mandat, une responsabilité. Un tableau de suivi a été tenu pour ce faire. A quelques exceptions près, chacun aura pu prendre une responsabilité ou participer à un déplacement. Cependant ce sont les groupes politiques qui mandatent leurs représentants, et qui sont seuls légitimes dans ces désignations.

Il y a encore dans nos procédures des zones d’ombre à éclaircir par un règlement: je pense aux CMP, commissions mixtes paritaires, au sein desquelles la permanence de l’équilibre arithmétique Sénat/Assemblée doit absolument être respecté, sans que l’on sache bien en cas de départ d’un membre, qui doit sortir de l’autre chambre. Car les équilibres politiques sont aussi déterminants, et ni la gauche, ni la droite ne se résument à une seule composante. Je pense aussi aux amendements de CMP, dont l’existence, la forme, et les délais semblent ne reposer que sur la bonne volonté du président ou des rapporteurs.

Dans une belle continuité d’écoute et de dialogue, tradition de cette commission, il y eut aussi des échecs, quand l’exacerbation des convictions des uns l’a emporté sur le travail abondant et sincère des autres. Les victimes en furent Madame Férat (UDI) lors de la présentation de son rapport sur la loi patrimoine, qui fut laminé; ou Madame Cartron lors du vote du rapport de sa mission sur les rythmes scolaires, qui fut rejeté.
Moi-même je n’ai toujours pas compris pourquoi, lors d’un rapport que je présentais pour avis sur un budget rectificatif, le groupe majoritaire décida que ce texte n’avait pas lieu d’être.
Au passage, trois victimes, trois femmes, un hasard?

Nous avons eu de très beaux temps de travail: la loi sur la Refondation de l’école, à laquelle le Sénat a apporté toute sa richesse de sens, et de préoccupation d’une école inclusive et bienveillante. Et aussi la loi ESR, promise à l’échec, puis transformée, enrichie, améliorée, et qui fut finalement votée. Et même sur la loi agricole, nous avons apporté notre avis, pour rationnaliser un projet d’établissement d’enseignement supérieur et de recherche, et veiller aux acquis démocratiques de la loi ESR.

Hélas depuis nous n’avons plus de textes importants, pas de loi création, pas de loi patrimoine, rien sur le numérique, dont le marché s’empare plus vite que la puissance publique, un maigre texte sur l’audiovisuel.

Nous avons eu de beaux travaux, d’abord ceux de nos nombreux rapporteurs budgétaires, ceux de nos lois, mais aussi ceux de nos missions et groupes de travail :
– sur le métier d’enseignant, avec Brigitte Gonthier-Maurin (ICI)
– sur la carte scolaire, avec Françoise Cartron (ICI)
– sur le pré-recrutement, avec Jacques Bernard Magner (ICI et LA)
– sur les œuvres spoliées, avec Corinne Bouchoux (ICI)
– Sur l’influence du droit communautaire sur le financement des services culturels par les collectivités territoriales, piloté par Vincent Eblé (ICI)
– Sur les droits audiovisuels, afin que les chaînes qui financent en retirent aussi avantage, avec Jean Pierre Plancade (ICI)
– sur l’éthique du sport – et surtout les rapports agent/joueurs- avec Dominique Bailly (ICI)
– sur les EPCC avec Pierre Bordier et Cécile Cuckierman (ICI)
– sur les ESPé, écoles supérieures des professorat et de l’éducation, encore avec Jacques Bernard Magner (ICI)
– sur les intermittents, sujet brûlant, avec Maryvonne Blondin (ICI)

Il y eut des missions communes:
– sur le financement des universités, que Dominique Gillot fit avec la commission des finances (ICI)
– sur les grandes infrastructures sportives, que Dominique Bailly fit aussi avec la Commission des finances  (ICI)
– sur l’université Antilles Guyane, Dominique Gillot y travailla avec la délégation Outre Mer (ICI)
– sur les jeux vidéos, qu’André Gattolin rapporta avec la commission des affaires économiques (ICI)

Je regrette le peu de travaux possibles avec la commission des affaires sociales, alors que les artistes et techniciens et leurs régimes spécifiques de couverture chômage, santé, maternité, retraite, mériteraient un regard vigilant.

Nous avons aussi l’activité de nos groupes d’étude : celui de Françoise Laborde s’intéresse aux arts de la scène, de la rue, et aux festivals en régions. Celui de Catherine Morin-Dessailly travaille sur médias et nouvelles technologies. Jacques Bernard Magner pilote le groupe Education Populaire. Jean-Jacques Lozach sur les pratiques sportives, Corinne Bouchoux anime celui sur les arts visuels. Enfin Philippe Nachbar suit le patrimoine.

Nous avons eu de beaux temps de culture, de riches tables rondes comme celles sur la décentralisation culturelle, une autre sur la diversité culturelle, une autre encore sur les Moocs, nous avons rencontré de belles personnes, comme Gilles Boeuf, président du Museum d’histoire naturelle, qui nous a montré comment la société peut contribuer au travail des chercheurs, pour le plus grand bien du savoir, et de la nature.
Nous avons fait de belles sorties, au Grand Palais, au Louvre, au Museum, au Palais de Tokyo, au musée d’Orsay, et même aux équipements de TDF tout en haut de la tour Eiffel ou dans plusieurs lycées agricoles et professionnels. Et puis bien sûr à Avignon, pour le théâtre, à Arles et Perpignan pour la photographie.
Nous avons innové, transformant une commission élargie en public d’une lecture par Robin Renucci d’un texte de Jean Vilar.
Certains ont pu participer à de grands déplacements: Londres, pour la BBC et le coût des infrastructures des Jeux Olympiques, Hanoï pour la culture et la recherche et l’enseignement supérieur, et enfin Umeå, ville du nord de la Suède, pour la vie des étudiants de 100 pays différents dans une ville universitaire qui a fait le choix de la culture pour son développement.

 

 

Après ces trois ans, je pense que nous avions sans doute trop de rapporteurs budgétaires (qui de ce fait ont des temps de parole ridicules dans le débat budgétaire) et qu’il nous faut réfléchir au positionnement des groupes d’études, dont le champ d’intérêt doit se distinguer des compétences directes de la commission.
Je lègue ces remarques à celle ou celui qui me succédera :

  • Le Sénat va rester à gauche (?) et je pense qu’il faut se partager les responsabilités. Je ne postulerai donc pas à la Présidence de la Commission.
  • Le Sénat pourrait passer à droite… (?) alors je n’aurai pas le plaisir de ce geste d’effacement et l’alternance jouera son rôle.

Je veux donc vous dire merci, pour vos trois ans de présence, de courtoisie, d’intelligence partagée.
Je veux aussi dire merci aux administrateurs qui chaque jour préparent, sécurisent et accompagnent notre travail.